Les thèmes et les décors récurrents

Si, avec Marc Angenot, on peut postuler que la culture populaire représente « la rêverie latente d’une époque [1] », plusieurs éléments du décor et des thèmes représentés dans les fascicules en disent long sur les fantasmes de la société québécoise d’après-guerre.

 

D’abord, ces récits se déroulent majoritairement en ville : Montréal domine, peu importe qu’il s’agisse de romans d’aventures, policiers ou sentimentaux. C’est de « modernité » et de richesse dont se revêtent ces romans. Le Domino noir habite un penthouse du haut duquel il observe la ville; Diane la belle aventurière, héritière qui pratique le journalisme pour tromper l’ennui, conduit une voiture décapotable… Dans les romans sentimentaux, l’amour se rencontre soit au bureau, où la jeune « dactylo » tombe amoureuse de son patron, soit dans les cabarets et les cinémas où la jeunesse se fréquente. Et idéalement, le prétendant a suffisamment d’argent en poche pour amener la belle au restaurant et lui offrir un beau voyage de noces à New York, avant de retourner vivre dans de vastes demeures d'Outremont ou de Westmount.

 

Les fascicules proposent un rêve américain, mais à la sauce québécoise : tous les grands patrons du roman sentimental, par exemple, sont des francophones. On a affaire, comme le dit Denis Saint-Jacques, à « une fiction réaliste », ou à « un rêve éveillé », qui mélange savamment des éléments très concrets (par exemple le nom des rues) et des fantasmes, pour produire un univers auquel les lectrices et les lecteurs peuvent adhérer malgré son caractère rocambolesque. Il en résulte, pour le lectorat, une « levée des interdits, s’il veut participer au fantasme proposé sous forme de fiction » que lui offre cette aventure « vécue dans un monde plus libre que la réalité qui se confond avec elle [2] ».

 

 

[1] Marc Angenot, « Qu’est-ce que la paralittérature? », Études littéraires, vol. 7, no 1, 1974, p. 21-22.

[2] Denis Saint-Jacques, « L’idéologique dans le texte », dans Le Phénomène IXE-13, Québec, Presses de l’Université Laval, 1984, p. 288.

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