Les journaux et magazines populaires

Le marché des fascicules est soutenu – plus que concurrencé – par un vaste réseau de périodiques qui jouent sur des imaginaires et des attentes semblables. À cet égard, il est révélateur que certains magazines aient été lancés avant les collections romanesques en fascicules : la création du magazine Histoires vraies précède d’un an celle de la collection « Roman d’amour », lancée en 1944 et portant, en couverture des premiers numéros, la mention « Les Éditions Histoires vraies, sises au 1130, rue Lagauchetière Est, à Montréal ». Lorsqu’en 1947 Edgar Lespérance rachète des mains d’Eugène L’Archevêque les Éditions du Bavard pour fonder les Éditions Police-Journal, le journal du même nom existait déjà depuis 1942. Quant à l’Imprimerie Bernard, qui fait paraître la collection « Roman d’amour », elle publie également un hebdomadaire, Le Digeste de l’amour. La pratique est donc monnaie courante et va sans doute de soi du point de vue de la mise en marché, dans la mesure où magazines et romans en fascicules passent par les mêmes modes de distribution, principalement les kiosques à journaux, et se font une publicité mutuelle. Le prix semblable (0,10$) des revues et des romans en fascicules renforce l’impression d'une relative interchangeabilité.

 

Le fait que chaque éditeur important ait son journal ou son magazine qui prolonge et rejoue l’effet de ses collections romanesques confirme que les romans en fascicules et les magazines présentent, sur l’axe fiction/réel, l’envers et l’endroit d’une même médaille. Deux registres se distinguent, ancrés chacun dans une prétention aux « histoires vraies » : les « true crime stories » et les « true love stories », qui font pendant au roman « noir » et au roman « rose ». Alors que les romans instruisent et guident un lectorat avide de conseils – notamment, en matière de cœur –, le magazine, par ses témoignages, son courrier, ses biographies, ses faits divers, nourrit et accrédite les fantasmes. Les lecteurs (en majorité des hommes) découvrent dans les revues d’enquêtes criminelles la confirmation de la possibilité des aventures policières de leurs héroïnes et héros préférés, tout comme les lectrices (en majorité des femmes) découvrent dans les revues de confessions sentimentales la confirmation de la possibilité du grand amour d’héroïnes anonymes.

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