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Le rose et le noir. Imaginaires sentimentaux et policiers sous la loupe (XIXe-XXIe siècles)

Dernière mise à jour : 13 déc. 2021



Appel à communications

Colloque international


Le rose et le noir

Imaginaires sentimentaux et policiers sous la loupe (XIXe-XXIe siècles)


Université de Sherbrooke, Québec, Canada

7, 8, 9 juin 2023



Romans sentimentaux et romans policiers ont coutume d’être mis dos à dos, en tant que sous-genres très distincts. On les situe régulièrement aux antipodes au sein des productions paralittéraires. La désignation de collections « roses » et « noires » demeure l’emblème le plus visible d’un tel système d’oppositions. Entre l’amour et le crime, il n’y aurait pas de chevauchement possible, d’autant plus que l’on suppose une division genrée des lectorats (l’un suspecté d’être « féminin », et l’autre « masculin ») qui recoupe une hiérarchisation du capital symbolique : de manière générale, alors que le « polar » occupe le haut de l’échelle, le roman sentimental, ramené à de la « guimauve », en colonise les plus bas niveaux.


Les genres sentimentaux et policiers, qui se sont industrialisés au même moment, ne sont pourtant pas aussi imperméables qu’on le suppose. Tant sur le plan du rêve que des craintes auxquelles ils renvoient, les deux sous-genres dialoguent : qu’on n’évoque ici à titre d’exemple que leur fascination commune pour les positions économiques extrêmes (les personnages évoluant dans les hautes sphères sociales et/ou dans leurs bas-fonds) ou leur parti pris pour les opportunités de la vie urbaine. Que le géant Harlequin ait développé des collections comme « Black Rose », « Intrigues » et « Mira » ne confirme-t-il pas cette demande d’amalgame des genres, de la part du lectorat populaire? Ces mutations s’inscrivent par ailleurs dans le contexte plus large des phénomènes d’hybridation des imaginaires génériques, caractéristiques de la culture postfordiste[1].


Depuis le tournant du millénaire, plusieurs chercheuses et chercheurs ont interrogé la mixité des formats et des supports de la culture populaire, appréhendant ces objets dans une perspective transmédiatique. La prise en compte, par la recherche sur les cultures populaires, de la cohabitation des régimes de discours (récits fictionnels ou factuels associés aux « true love/true crime stories ») de même que de la complémentarité des supports (journaux et magazines, collections romanesques, photos-romans, bandes dessinées, films et séries) établit la pertinence d’un colloque examinant en profondeur la question de l’hybridité des genres de manière comparatiste et interdisciplinaire.


Quel que soit le corpus national concerné, les propositions de communication pourront adopter une perspective historique (XIX-XXe siècles) ou contemporaine (XXIe siècle). Les propositions de communication devront être rédigées en français et, sans se limiter à ces questions, pourront s’inscrire dans les deux axes suivants :


Axe 1. Des formats et des publics : comment vendre l’amour et le crime?


Comment, dans l’histoire du livre, les éditrices et éditeurs de littérature sentimentale et policière ont-ils flairé les besoins de leurs publics et comment ont-ils accroché ces derniers? Quels supports particuliers leur ont permis, au fil du temps, de maintenir l’intérêt des lectorats, tout en remodelant les codes des genres sentimental et policier? Comment, par exemple, est-on passé du journal au fascicule, puis à la collection de poche, et en quoi les codes du sentimental et du policier ont-ils été affectés par ces déplacements? Quelles interactions privilégiées observe-t-on entre le livre sentimental ou policier et l’ensemble des autres médias qui puisent aux mêmes architextes? Vend-on l’univers du crime comme on vend celui de l’amour? L’examen des hiérarchies symboliques s’établissant entre les différents objets (roses ou noirs) sera particulièrement bienvenu dans cet axe. Dans la foulée, l’étude attentive des lectorats et des publics semble ici incontournable, en particulier de la perspective des stéréotypes de genres et des âges (jeunes, adolescents et adultes).


Axe 2. Des imaginaires complémentaires?


Pour peu qu’on y réfléchisse, la pin-up du roman noir n’est peut-être que la cousine délurée de la vamp rivale de l’héroïne du roman sentimental. Et les ressemblances se manifestent bien au-delà des personnages. L’univers urbain du roman sentimental (peut-être trop longtemps associé aux châteaux et manoirs de campagne) mérite d’être affirmé et interrogé. Plus que simple décor, la ville du roman sentimental camoufle mal en soubassement des angoisses que le roman policier exacerbe. Au moins depuis le tournant du XXe siècle, les collections de romans d’amour font de la ville un univers à la fois fascinant et dangereux pour l’héroïne : elle y découvre un monde de plaisirs où sa vertu et son honneur peuvent à tout moment sombrer devant la lubricité des hommes. Le développement de magazines de type « true stories » renforce par ailleurs la parenté de ces imaginaires et l’importance de les analyser en parallèle. On sait que l’actualité et le journal ont nourri l’univers du roman policier en agissant comme réservoirs de canevas criminels sur lesquels broder des récits. Mais les mêmes rapports s’établissent avec le roman sentimental, qui puise notamment des sources d’inspiration dans les histoires d’amour des célébrités véhiculées par la presse à potins. Il importe donc de replacer journaux, magazines et romans (sentimentaux et policiers) dans le fil d’une lecture sérielle qui en ferait ressortir les points de convergence.


Cet appel à communications repose sur la nécessité d’ébranler les cloisons sans doute trop étanches établies entre deux genres populaires qui examinent chacun à leur façon le monde urbain et ses débordements, tout en ne gommant pas, par ailleurs, leurs spécificités et leurs modes de fonctionnement propres.


Les propositions de communication (de 250 mots maximum), de même qu’une notice biographique (de 250 mots maximum) doivent être envoyées avant le 1er juin 2022 à marie‑pier.luneau@usherbrooke.ca. Une réponse sera rendue avant la fin de juin 2022. Une partie des dépenses de déplacement et de séjour pourra être prise en charge par le comité organisateur, sous réserve de l’obtention de subventions.


Comité scientifique

Marie-Andrée Bergeron, Université de Calgary

Karol’Ann Boivin, Université de Sherbrooke

Matthieu Letourneux, Université Paris-Nanterre

Marie-Pier Luneau, Université de Sherbrooke

Rachel Nadon, Université du Québec à Trois-Rivières

Jean-Philippe Warren, Université Concordia


Comité organisateur

Karol’Ann Boivin, Université de Sherbrooke

Marie-Pier Luneau, Université de Sherbrooke

Jean-Philippe Warren, Université Concordia



[1] Matthieu Letourneux, « Penser les fictions sérielles en régime postfordiste », Cahiers de Narratologie, [En ligne], 37 | 2020, mis en ligne le 4 septembre 2020, consulté le 20 octobre 2021. URL : https://doi.org/10.4000/narratologie.10488



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